Retraites, manif bis

Un défilé est organisé par les syndicats jeudi 23 septembre à 10 h 30 depuis la place de Verdun.

Les prévisions météorologiques ne sont pas très bonnes pour jeudi, jour de manifestation nationale. « De toute façon, ce sera un sale temps pour Sarkozy », lance Morad Tahraoui de Solidaires, lors d’une réunion organisée lundi par l’intersyndicale (1). Le porte-parole départemental de l’union syndicale estime que le gouvernement pratique « un déni de démocratie. Il joue sur nous, il veut affaiblir le contre-pouvoir syndical. Nous, ce qu’on souhaite, c’est la grève générale ! »

La grève générale, le mot est lâché. « C’est loin d’être exclu », confirme Jean Dupin de Force ouvrière.

On n’en est pas encore là et, pourtant, les organisations syndicales cherchent le moyen de ne pas faire retomber la mobilisation qu’elles jugent très bonne. À Pau, « nous sommes très satisfaits de la mobilisation du 7 septembre (18 000 participants). On a beau être plus nombreux à chaque fois, ce n’est pas pour cela qu’on est écouté. C’est à demander ce qu’est la démocratie ! » regrette Jean-Michel Cazalet de la CGT.

« Nous avons atteint le niveau de mobilisation de 2003 ou de 1995. Tout le monde a réagi très fort et, en face, on a un mur », peste Renaud Bousquet de FSU. « Il y aura autant de manifestants le 23, nous ne lâcherons pas », soutient Josy Serres de l’Unsa.

Les mots d’ordre restent les mêmes. L’intersyndicale demande le retrait du projet sur la réforme des retraites et « d’ouvrir de véritables négociations avec les organisations syndicales ».

(1) L’intersyndicale réunit la CFDT, CFTC, CGT, FO, FSU, Solidaires et Unsa.

Un conflit qui se ressent jusque dans les poubelles

Depuis lundi, les bennes ne passent plus dans l’agglomération et les poubelles s’entassent en ville. Les employés ont voté une reconduction pour aujourd’hui.

Hier matin, place d’Espagne. Les mêmes sacs poubelles n’ont toujours pas été enlevés dans la nuit.

Et s’ils duraient ? C’est la question qui se posait hier, au troisième jour de grève des employés de la mairie et de la Communauté d’agglomération. Depuis lundi, les blocages du centre technique municipal de Pau sont votés et empêchent les bennes à ordures de partir ramasser les sacs poubelles, qui s’entassent peu à peu dans la ville.

Cela, sans compter les grèves tournantes des éboueurs, décidément très mobilisés parmi les fonctionnaires territoriaux. A les entendre, ils sont rentrés dans le mouvement lundi, interpellés par des chauffeurs routiers et quelques étudiants. Depuis, à part les manifestations qui ne désemplissent pas, c’est leur mouvement qui se fait le plus sentir en ville.

Le soutien attentif de la mairie
« La mairie ? Ils sont avec nous », confiait un des grévistes devant le centre technique municipal. Côté élus, on regarde avec attention le développement du conflit des employés municipaux et de l’Agglo, que l’on approuve politiquement s’entend, même s’il tombait bien mal hier, hasard du calendrier, en pleine campagne de réduction des déchets à Gan (lire ci-contre) et lors de la première réunion publique de l’opération « Faisons Pau neuve » au Pavillon des arts du boulevard des Pyrénées.« Au plan politique, je soutiens ce mouvement contre la réforme des retraites, commentait hier Jean-Michel Canton. Mais l’adjoint au personnel que je suis s’inquiète bien entendu de la durée du mouvement. Pour l’instant, nous n’avons prévu aucun moyen de substitution à la collecte des ordures. Ce n’est pas dans l’esprit de cette municipalité ». Reste que les élus se sont notamment inquiétés de l’évacuation des déchets des halles de Pau, où l’on s’attend à une accumulation en fin de semaine. Hier, les poubelles ne débordaient pas encore. Mais les grévistes ont refusé par le vote de répondre à cette sollicitation…

Hier, rue Serviez par exemple, et partout dans le centre, les tas de poubelles s’accumulaient déjà de manière frappante. Et cela ne devrait pas s’améliorer aujourd’hui. En début d’après-midi, les grévistes, rejoints par quelques personnels de Turbomeca et ERDF, ont voté la reconduction du blocage jusqu’à ce matin 10 heures et une nouvelle assemblée générale. Autrement dit, les sacs déposés par les Palois n’ont pas été ramassés hier soir ni tôt ce matin.

« Un boulot stressant »

« On n’est pas là pour emmerder les Palois, on est palois pour la plupart. Mais qu’on nous dise la meilleure méthode pour faire reculer le gouvernement », lance Morad Tahraoui, du syndicat Sud.

Une phrase qui donne le ton de la motivation apparente des éboueurs. Motivation mesurable aussi au péage autoroutier de Pau, hier matin, alors qu’ils organisaient une opération « péage gratuit » forcément saluée par les klaxons des automobilistes et des routiers. Didier par exemple, 53 ans, dont trente et un ans de « benne », se voit mal travailler jusqu’à 62 ans. « Je fais le matin, de 5 heures à midi et, même si je conduis, c’est un boulot stressant. Il y a les voitures qu’il ne faut pas toucher, les vélos qui nous contournent à contre-sens, les marches arrières sur 200 mètres avec ces engins… »

Si la rumeur de bonne paie des éboueurs a la vie dure, les intéressés l’assurent, ils ne roulent pas sur l’or. « 1 400 euros en fin de carrière et 750 euros de retraite à espérer. Il n’y a plus les heures supplémentaires comme avant. Et les jeunes embauchés de l’Agglomération commencent à 1 090 euros et n’ont pas les primes que les anciens ont conservées de leur statut à la ville de Pau », explique encore Morad Tahraoui.

Pas les seuls en grève

Les éboueurs ne sont d’ailleurs pas les seuls en grève dans l’agglomération, même s’ils sont les plus mobilisés. « Mais on sait bien qu’on peut peser plus que ceux qui repeignent les bancs », glisse l’un d’eux. Hier encore, des agents techniques sont passés dans les services pour motiver « ceux des bureaux ». Pour le reste, l’organisation de grèves tournantes semble rodée. Reste à savoir combien de temps elle va durer…

Du côté de la mairie, on s’attendait depuis le début de la semaine à un mouvement jusqu’à ce jeudi. Mais personne, dans les piquets de grève, ne veut confirmer l’échéance. « En 1995, les gens n’avaient pas faim comme aujourd’hui et on a tenu deux semaines. Il a fallu deux jours et demi, avec doublement des bennes et des camions, pour enlever toutes les sacs poubelles de la ville », se souvient un agent.

Hier, l’intersyndicale CGT, FO et Sud a rencontré les élus. Ils ont convenu qu’une benne partirait ce matin pour intervenir dans les établissements médicaux comme l’hôpital ou les maisons de retraite pour des problèmes d’urgences sanitaires. Mais les grévistes ont voté contre un passage aux halles, comme les élus le leur avaient demandé.

Reste à savoir ce qu’ils voteront ce matin…